Rencontres
CARTE POSTALE
Je vous écris d’Aire sur Adour, c’est-à-dire à l’entrée dans le département des Landes où on constate malheureusement les dégâts de la dernière tempête. Presque un premier millier de km ce soir à la rédaction de cet article que j’espère pouvoir poster en passant à Orthez; (ça y est, j'y suis: merci MacDo et le Wifi gratuit!) c’est toujours aussi difficile de se connecter; le Notebook est pratique pour rédiger à l’avance, pour sélectionner et redimensionner les photos, pour recharger le baladeur MP3.
En partant de Cahors il ne fallait pas manquer le Pont Valentré (ni la vieille ville et la cathédrale); Lot et Tarn-et-Garonne encore faciles; au passage visite de l’église abbatiale de Moissac et de son très beau cloître. Mais une fois la Garonne passée et l’entrée dans le Gers, c’est devenu très sportif dans un enchaînement de collines pas très hautes mais très pentues; avec l’effet sacoches, le compteur oscillait entre 6 et 60 km/h. Campagne de Gascogne verte et fleurie, vignobles d’Armagnac; temps lourd, les orages sont annoncés sûr de sûr …
DES RENCONTRES
Des pèlerins mais pas que des pèlerins. Comme annoncé avant de partir, ‘faire’ la route du Puy, outre l’intérêt historique et culturel, outre la relative facilité à trouver des hébergements, c’était aussi l’opportunité de faire quelques rencontres.
Ce fut d’abord Sabine, arrivée seule de Bavière, bien partie pour rallier Compostelle dans son premier voyage à vélo; on a pris le petit déjeuner ensemble à l’AJ de Cluny, échangé les emails. Elle partait dans les petits villages, en suivant scrupuleusement son road-book; je voulais partir au plus vite en contournant la voie expresse car une grosse étape m’attendait. Tant et si bien que je l’ai retrouvée 25km plus loin, en ayant déjà 3km de plus qu’elle au compteur, après m’être perdu plusieurs fois, avoir fait de l’orientation dans les collines de Saône et Loire et demandé 3 fois mon chemin. J’ai beaucoup repensé à une histoire qui parlait d’un lièvre et d’une tortue! On a ensuite roulé ensemble jusqu’à la Clayette ou elle est restée pique-niquer devant le château.
2 jours plus tard Jürgen, jeune retraité de Stuttgart dormait dans la même
chambre à l’AJ du Puy en Velais; il m’a accompagné en ville et tenu compagnie pendant le dîner; le lendemain matin après le petit déjeuner on a fait ensemble la première grimpette à la sortie de la ville jusqu’à ce que son road-book le fasse mystérieusement tourner à gauche.
J’ai croisé encore d’autres cyclos allemands; en fait quand j’aperçois un vélo chargé je commence par lui parler en allemand; ça les surprend toujours; mais comme il n’y a presque aucune chance de rencontrer un français … pourquoi? (les français marchent, mais il n’y a pas qu’eux). Généralisons encore: les Allemands ont un super petit bouquin bleu sur le ‘Jakobsweg’; c’est aussi leur façon habituelle de voyager en Allemagne, toujours le nez dans leur fiches, sur des itinéraires balisés; ça m’agace un peu, il devient difficile de rouler là-bas à la carte sans être éjecté des routes réservées aux bagnoles, pour se retrouver sur des itinéraires-cyclos où on va forcément s’égarer sans le guide. Les Allemands ont des super-vélos et du beau matériel en général, ils n’hésitent pas à se lancer sur de longs trajets, même débutants: entre le sèche-cheveux de Sabine, et mon rétroviseur, j’ai choisi; j’ai tenté de convaincre Jürgen que ce n’est pas le jeu de direction de son engin qui est mal conçu comme il le pense, mais que c’est d’avoir mis tout son chargement à l’arrière qui le déstabilise; après une nuit de réflexion, il est bien décidé à essayer le poids à l’avant quand il devra pousser dans les côtes, c’est déjà un premier pas! Les Allemands semblent trouver les Français sympathiques et serviables.
Fin de soirée sympathique au gîte de Conques avec un couple français cette fois; des sportifs de Grenoble tout juste quadras; ils font tout ensemble: VTT, escalade, marche, squash. Ça m’épate toujours! Là, il faisaient seulement 4 jours de VTT, avec un petit bagage, sur le GR65 (le chemin). A Conques aussi, petit déjeuner avec un groupe de 18 adultes qui marchent tous les ans au week-end de l’Ascension, c’est une association de « personnes concernées par le VIH … », des bénévoles ouvrent et ferment la marche, conduisent le camion, préparent les repas.
Étonnante rencontre à Cahors de Angela (Angie), prof de sport australienne, qui vient passer 20 semaines de congé sabbatique en Europe avec Eidan sa fille de 11 ans; elles roulent en tandem, avec quelques transferts en train. Programme chargé, mais très modulable au fur et à mesure des occasions (une invitation pour quelques jours à Toulouse) et des informations (concentration des tandémistes européens en Hollande en Août); cooool!
Quelle soirée hier « chez Thérèse, halte verte, pèlerin arrête-toi » panneau rudimentaire dans un village du Gers, à l’heure où il faut commencer à se préoccuper de son couchage; il y a bien 3 personnes assises dehors en train de dénoyauter des cerises, puis c’est une Belge qui me dit qu’il faut trouver Thérèse pour savoir s’il y a de la place (elle est en fait cachée dans sa cuisine, lieu sacré, secret), et que oui, on mange tous ensemble. Thérèse est une infirmière à la retraite, pleine de rhumatismes, très spontanée, qui a transformé sa maison en gîte pour pèlerin mais à sa façon: repas ensemble, participation libre aux frais, produits du terroir; elle vit (spirituellement) du Chemin, dit-elle, qui lui apporte maintenant ce que la vie ne lui avait pas donné auparavant, et qui évidement lui donne bien plus chez elle par les rencontres quotidiennes, que ce qu’elle a pu en entrevoir sur les 300km marchés en Espagne. Nous étions 10 ce soir là:
6 jeunes (2 Belges qui rentraient de Santiago et repassaient ici, 2 ‘petits’ Allemands d’à peine 20 ans à vélos, et un couple d’étudiants français) comme quoi il n’y a pas que des retraités sur le Camino! et puis encore une Québécoise et un couple français. Longue soirée et chaude ambiance après apéritif au jardin, repas trop copieux, armagnac et promenade digestive pour ceux qui ne se levaient pas trop tôt. Il est difficile de raconter comment le cercle se fait, comment on a pour une fois le sentiment d‘être ‘posé‘, ‘à sa place‘, et plus en mouvement; on n’a pas vraiment envie de repartir le lendemain …
Ce sont des gens normaux tous, ils ont juste rempli leur sac et décidé de partir ...
Je vous écris d’Aire sur Adour, c’est-à-dire à l’entrée dans le département des Landes où on constate malheureusement les dégâts de la dernière tempête. Presque un premier millier de km ce soir à la rédaction de cet article que j’espère pouvoir poster en passant à Orthez; (ça y est, j'y suis: merci MacDo et le Wifi gratuit!) c’est toujours aussi difficile de se connecter; le Notebook est pratique pour rédiger à l’avance, pour sélectionner et redimensionner les photos, pour recharger le baladeur MP3.
En partant de Cahors il ne fallait pas manquer le Pont Valentré (ni la vieille ville et la cathédrale); Lot et Tarn-et-Garonne encore faciles; au passage visite de l’église abbatiale de Moissac et de son très beau cloître. Mais une fois la Garonne passée et l’entrée dans le Gers, c’est devenu très sportif dans un enchaînement de collines pas très hautes mais très pentues; avec l’effet sacoches, le compteur oscillait entre 6 et 60 km/h. Campagne de Gascogne verte et fleurie, vignobles d’Armagnac; temps lourd, les orages sont annoncés sûr de sûr …
DES RENCONTRES
Des pèlerins mais pas que des pèlerins. Comme annoncé avant de partir, ‘faire’ la route du Puy, outre l’intérêt historique et culturel, outre la relative facilité à trouver des hébergements, c’était aussi l’opportunité de faire quelques rencontres.
Ce fut d’abord Sabine, arrivée seule de Bavière, bien partie pour rallier Compostelle dans son premier voyage à vélo; on a pris le petit déjeuner ensemble à l’AJ de Cluny, échangé les emails. Elle partait dans les petits villages, en suivant scrupuleusement son road-book; je voulais partir au plus vite en contournant la voie expresse car une grosse étape m’attendait. Tant et si bien que je l’ai retrouvée 25km plus loin, en ayant déjà 3km de plus qu’elle au compteur, après m’être perdu plusieurs fois, avoir fait de l’orientation dans les collines de Saône et Loire et demandé 3 fois mon chemin. J’ai beaucoup repensé à une histoire qui parlait d’un lièvre et d’une tortue! On a ensuite roulé ensemble jusqu’à la Clayette ou elle est restée pique-niquer devant le château.2 jours plus tard Jürgen, jeune retraité de Stuttgart dormait dans la même
chambre à l’AJ du Puy en Velais; il m’a accompagné en ville et tenu compagnie pendant le dîner; le lendemain matin après le petit déjeuner on a fait ensemble la première grimpette à la sortie de la ville jusqu’à ce que son road-book le fasse mystérieusement tourner à gauche.J’ai croisé encore d’autres cyclos allemands; en fait quand j’aperçois un vélo chargé je commence par lui parler en allemand; ça les surprend toujours; mais comme il n’y a presque aucune chance de rencontrer un français … pourquoi? (les français marchent, mais il n’y a pas qu’eux). Généralisons encore: les Allemands ont un super petit bouquin bleu sur le ‘Jakobsweg’; c’est aussi leur façon habituelle de voyager en Allemagne, toujours le nez dans leur fiches, sur des itinéraires balisés; ça m’agace un peu, il devient difficile de rouler là-bas à la carte sans être éjecté des routes réservées aux bagnoles, pour se retrouver sur des itinéraires-cyclos où on va forcément s’égarer sans le guide. Les Allemands ont des super-vélos et du beau matériel en général, ils n’hésitent pas à se lancer sur de longs trajets, même débutants: entre le sèche-cheveux de Sabine, et mon rétroviseur, j’ai choisi; j’ai tenté de convaincre Jürgen que ce n’est pas le jeu de direction de son engin qui est mal conçu comme il le pense, mais que c’est d’avoir mis tout son chargement à l’arrière qui le déstabilise; après une nuit de réflexion, il est bien décidé à essayer le poids à l’avant quand il devra pousser dans les côtes, c’est déjà un premier pas! Les Allemands semblent trouver les Français sympathiques et serviables.
Fin de soirée sympathique au gîte de Conques avec un couple français cette fois; des sportifs de Grenoble tout juste quadras; ils font tout ensemble: VTT, escalade, marche, squash. Ça m’épate toujours! Là, il faisaient seulement 4 jours de VTT, avec un petit bagage, sur le GR65 (le chemin). A Conques aussi, petit déjeuner avec un groupe de 18 adultes qui marchent tous les ans au week-end de l’Ascension, c’est une association de « personnes concernées par le VIH … », des bénévoles ouvrent et ferment la marche, conduisent le camion, préparent les repas.
Étonnante rencontre à Cahors de Angela (Angie), prof de sport australienne, qui vient passer 20 semaines de congé sabbatique en Europe avec Eidan sa fille de 11 ans; elles roulent en tandem, avec quelques transferts en train. Programme chargé, mais très modulable au fur et à mesure des occasions (une invitation pour quelques jours à Toulouse) et des informations (concentration des tandémistes européens en Hollande en Août); cooool!
Quelle soirée hier « chez Thérèse, halte verte, pèlerin arrête-toi » panneau rudimentaire dans un village du Gers, à l’heure où il faut commencer à se préoccuper de son couchage; il y a bien 3 personnes assises dehors en train de dénoyauter des cerises, puis c’est une Belge qui me dit qu’il faut trouver Thérèse pour savoir s’il y a de la place (elle est en fait cachée dans sa cuisine, lieu sacré, secret), et que oui, on mange tous ensemble. Thérèse est une infirmière à la retraite, pleine de rhumatismes, très spontanée, qui a transformé sa maison en gîte pour pèlerin mais à sa façon: repas ensemble, participation libre aux frais, produits du terroir; elle vit (spirituellement) du Chemin, dit-elle, qui lui apporte maintenant ce que la vie ne lui avait pas donné auparavant, et qui évidement lui donne bien plus chez elle par les rencontres quotidiennes, que ce qu’elle a pu en entrevoir sur les 300km marchés en Espagne. Nous étions 10 ce soir là:
6 jeunes (2 Belges qui rentraient de Santiago et repassaient ici, 2 ‘petits’ Allemands d’à peine 20 ans à vélos, et un couple d’étudiants français) comme quoi il n’y a pas que des retraités sur le Camino! et puis encore une Québécoise et un couple français. Longue soirée et chaude ambiance après apéritif au jardin, repas trop copieux, armagnac et promenade digestive pour ceux qui ne se levaient pas trop tôt. Il est difficile de raconter comment le cercle se fait, comment on a pour une fois le sentiment d‘être ‘posé‘, ‘à sa place‘, et plus en mouvement; on n’a pas vraiment envie de repartir le lendemain …Ce sont des gens normaux tous, ils ont juste rempli leur sac et décidé de partir ...
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